René Guénon
Itinéraire d’une figure ambivalente
Métaphysicien traditionaliste, occultiste passé par la quasi-totalité des cercles initiatiques parisiens du début du XXe siècle, franc-maçon régularisé à la Grande Loge de France, évêque gnostique, converti à l’islam et soufi de la tarîqa Shâdhiliyya, collaborateur épisodique d’une revue antimaçonnique catholique, René Guénon (1886–1951) déjoue les classifications simples. Sa figure continue d’alimenter la fascination – et parfois la dévotion – de certains francs-maçons. Mise au point sur un parcours que les approximations rendent souvent illisible.
Origines, famille, formation
René Jean-Marie-Joseph Guénon naît à Blois le 15 novembre 1886, dans une famille catholique bourgeoise. De santé fragile, il est instruit d’abord à domicile, puis au collège des Jésuites Notre-Dame-des-Aydes, enfin au lycée de Blois. À l’automne 1904, il monte à Paris et s’inscrit au collège Rollin pour y préparer le concours d’entrée à l’École polytechnique. Il abandonne en 1906, sans diplôme scientifique. Il s’oriente alors vers les milieux ésotériques parisiens, en pleine effervescence à la fin du XIXe siècle (Borella, 2008 ; Laurant, 2006).
René Guénon (création numérique Jiri Pragman)
Le jeune occultiste parisien
Entre 1906 et 1909, Guénon fréquente successivement plusieurs organisations occultistes : l’Ordre martiniste de Papus (Gérard Encausse), l’École hermétique, des cercles néo-rosicruciens. En 1908, il participe au IIe Congrès spiritualiste et maçonnique organisé à Paris du 7 au 10 juin par Papus, où il occupe la fonction de secrétaire. Le congrès vise à fédérer les multiples branches de l’occultisme français et à constituer une maçonnerie initiatique concurrente du Grand Orient. Guénon y prend une part active (Vivenza, 2012).
Cette même année 1908, il participe à la création d’un éphémère Ordre du Temple rénové (OTR), entreprise qui lui vaut son exclusion officielle de l’Ordre martiniste de Papus. C’est dans ce contexte qu’il se fait recevoir évêque gnostique au début de 1909, consacré par Léonce Fabre des Essarts (Tau Synésius), patriarche de l’Église gnostique fondée par Jules Doinel en 1890. Il prend le nom de Tau Palingénius, évêque d’Alexandrie, et assume bientôt la fonction de secrétaire général de l’Église gnostique de France. De novembre 1909 à février 1912, il dirige sa revue, La Gnose, dans laquelle il signe ses premiers articles « Palingénius » (Apostolic Gnosis, n.d. ; Vivenza, 2012).
Itinéraire maçonnique
Le parcours maçonnique de Guénon s’inscrit dans cette même séquence parisienne. Il est reçu apprenti le 27 octobre 1907 à la loge Humanidad n° 240, qu’il rejoint sur invitation de Charles Détré (Téder). La loge dépend alors du Rite national espagnol ; en 1908, elle bascule sous l’autorité du Rite de Memphis-Misraïm, refondé en France par Papus la même année grâce à une patente de Théodore Reuss. Le 10 avril 1908, Guénon y est élevé à la maîtrise. Quelques semaines plus tard, il entre au chapitre et temple INRI n° 14, du « rite primitif et originel swedenborgien » introduit en France par Papus (Cahiers de l’Unité, n.d.).



