Antimaçonnisme(s) par Jiri Pragman

Antimaçonnisme(s) par Jiri Pragman

Raphaël Alibert

Le technicien de la persécution

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Jiri Pragman
juil. 07, 2026
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Henri Albert François Joseph Raphaël Alibert naît le 17 février 1887 au lieu-dit Estournel, commune de Saint-Laurent-Lolmie, dans le Lot1. Famille catholique traditionaliste du Rouergue. Le père, Auguste Alibert, est propriétaire terrien. Alibert se réclamera plus tard d’une parenté avec le baron Jean-Louis Alibert, fondateur de l’Académie de médecine et médecin de Louis XVIII et de Charles X – filiation qui, dans le récit familial, vaut caution de respectabilité. Il meurt le 5 juin 1963 à Paris, dans le 7e arrondissement, et repose au cimetière du Montparnasse.

Formation et légitimité

Études secondaires au collège du Caousou, à Toulouse, tenu par les jésuites. Faculté de droit de Paris ensuite. Alibert y soutient en 1909 une thèse remarquée, Les Syndicats, associations et coalitions de fonctionnaires, qui n’a rien d’antimaçonnique : c’est un travail de droit administratif pur1. Nommé maître des requêtes au Conseil d’État, il s’impose comme un spécialiste reconnu de la matière. Il enseigne ensuite à l’École libre des sciences politiques et travaille dans les milieux d’affaires et de droit public. La légitimité d’Alibert n’est donc pas celle d’un pamphlétaire : c’est celle, banale et solide, du haut fonctionnaire juriste.

Jeune homme, il participe aux troubles de la Querelle des inventaires (1906), épisode de résistance catholique aux inventaires des biens d’Église consécutifs à la loi de séparation. Cet engagement lui ferme un temps l’accès aux concours de la fonction publique2. Rien, à ce stade, ne distingue Alibert d’une génération entière de juristes catholiques hostiles à la République laïque.

Ancrage idéologique et réseaux

Monarchiste catholique, lecteur assidu de Charles Maurras, Alibert reste proche de l’Action française sans y adhérer formellement après la condamnation pontificale du mouvement en 19262. En 1928, à la demande du duc de Guise, prétendant à la couronne de France exilé à Bruxelles, il devient le précepteur de son fils Henri, à qui il enseigne le droit et l’économie politique ; il retrouve à plusieurs reprises le comte de Paris en 1934 et fournit des articles à sa revue Questions du Jour3. Candidat malheureux aux élections législatives de 1928, il n’a pas d’assise électorale propre : son influence est de cabinet, pas de tribune.

Raphaël Alibert (création numérique Jiri Pragman)

En décembre 1937, son appartement est perquisitionné, Alibert étant soupçonné d’appartenir à la Cagoule. Rien n’en est jamais prouvé, mais la fréquentation de certains de ses membres est établie3. La même année le rapproche du maréchal Pétain, dont il devient l’un des familiers. En septembre 1939, alors que Pétain, ambassadeur à Madrid, refuse l’offre de Daladier d’entrer au gouvernement, Alibert lui rend visite avec Henry Lémery, signe d’une fidélité de longue date qui deviendra, en 1940, le socle du pouvoir vichyste.

Le technicien de la persécution

Alibert n’a laissé aucune œuvre antimaçonnique au sens où l’entend la tradition Barruel–Taxil–Coston. Aucun pamphlet, aucun ouvrage de dénonciation, aucune collaboration à une revue spécialisée. Ce silence éditorial ne traduit aucune indifférence : Alibert n’a pas eu besoin d’écrire contre la franc-maçonnerie, il l’a légiférée hors la loi. Ni émetteur idéologique constitutif, ni émetteur diffus, ni instrumentalisateur esthétique, Alibert relève de la quatrième catégorie, celle du technicien de la persécution, celle de l’acteur qui transpose la latomophobie ambiante en dispositif d’État, sans jamais en produire le discours de justification publique détaillé.

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