Antimaçonnisme(s) par Jiri Pragman

Antimaçonnisme(s) par Jiri Pragman

Louis Lechartier

De Toulouse à Castelnaudary, un intermédiaire de l’antimaçonnisme occultiste

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Jiri Pragman
août 10, 2026
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Louis-Julien-Marie Lechartier appartient à cette population d’intermédiaires que l’histoire de l’antimaçonnisme peine à saisir. Il ne fut ni un polémiste de premier plan ni le fondateur d’une organisation durable. Son nom apparaît pourtant au croisement du naundorffisme, de l’occultisme toulousain, de l’affaire Taxil et des controverses qui opposèrent, au début du XXᵉ siècle, René Guénon à la Revue internationale des sociétés secrètes.

Sa trajectoire est mieux documentée qu’on ne l’a longtemps écrit, mais elle demeure encombrée de récits indirects. Emmanuel Kreis lui consacre une section de Quis ut Deus ?, intitulée « Louis Lechartier et le mystérieux cercle d’études cabalistiques de Castelnaudary ».¹ Cette étude, fondée notamment sur les recherches antérieures de Marie-France James, constitue actuellement la synthèse académique la plus substantielle.

Du séminaire au naundorffisme

Louis Lechartier naît le 17 juin 1853 à Pleugueneuc, en Ille-et-Vilaine, dans une famille modeste.² Il étudie au petit séminaire des pères du Saint-Esprit, mais sa formation religieuse est discontinue. Après une première interruption en 1871, il exerce brièvement le métier d’apprenti horloger, puis séjourne à Paris. Revenu au séminaire en 1878 avec le projet de devenir missionnaire, il renonce définitivement à la prêtrise l’année suivante.

Certaines sources lui attribuent alors un passage par l’occultisme et la franc-maçonnerie. Cette initiation supposée n’est toutefois pas suffisamment documentée pour être présentée comme un fait établi. Elle paraît reposer principalement sur des témoignages tardifs ou hostiles. Il est plus sûr d’écrire que Lechartier acquiert une connaissance des milieux occultistes et développe des prétentions à l’érudition hébraïque et cabalistique.

Installé à Toulouse, il rejoint les milieux naundorffistes, convaincus que Karl-Wilhelm Naundorff était Louis XVII ou son héritier légitime. Il collabore à La Légitimité, journal dirigé par l’abbé Dupuy, sans que sa qualité de directeur puisse être confirmée. En 1884, sous la signature « M. L. Le Chartier », il publie Le Salut de la France ou Charles XI proclamé. Évasion, vie, identité de Louis XVII.³ Le livre défend la cause naundorffiste et participe à une littérature où l’histoire dynastique, la prophétie et les récits de survivance se mêlent étroitement.

Lechartier se sépare ensuite de l’entourage de l’abbé Dupuy. Il expose sa rupture dans Le Messager de Toulouse, dirigé par Firmin Boissin. Ses relations avec Boissin, écrivain catholique, royaliste et proche de certains milieux rosicruciens, inscrivent Lechartier dans un espace où se rencontrent légitimisme, mysticisme et occultisme.

Un institut toulousain, un séjour à Castelnaudary

La localisation du cercle animé par Lechartier demande une formulation prudente. Les sources secondaires parlent tantôt d’un « cercle de Castelnaudary », tantôt d’un « Institut d’études cabalistiques » fondé à Toulouse. La seconde localisation paraît la mieux étayée. L’appellation retenue par Emmanuel Kreis s’explique probablement par le séjour professionnel de Lechartier à Castelnaudary et par la constitution, autour de lui, d’un réseau qui ne se limite pas à une adresse institutionnelle stable.

À la rentrée de 1890, les pères du Saint-Esprit recrutent Lechartier comme professeur de grec dans un collège récemment acquis à Castelnaudary. Son passage dans l’établissement se termine par un conflit judiciaire et son congédiement, en 1894.⁴ L’existence d’un institut officiellement constitué, doté de statuts, d’un siège et d’une liste de membres, n’est pas démontrée. Il est préférable de parler d’un cercle informel ou d’un réseau d’études animé par Lechartier.

La finalité de ce groupe aurait été l’étude de la cabale et des doctrines occultes, mais aussi leur utilisation dans la lutte contre la franc-maçonnerie et contre certains courants occultistes concurrents. Ce double positionnement n’est contradictoire qu’en apparence. Une partie de l’antimaçonnisme de la fin du XIXᵉ siècle se développe à l’intérieur même des milieux ésotériques. La dénonciation des « sociétés secrètes » y sert autant la polémique catholique que les rivalités entre écoles occultistes.

Création numérique Jiri Pragman
(aucune illustration représentant Lechartier n’a pu être identifiée)

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