Sous le pseudonyme de Louis Dasté, André Baron a construit, au tournant du XXᵉ siècle, une œuvre entièrement vouée à la dénonciation de la franc-maçonnerie. Ses livres donnent au soupçon la forme d’une enquête historique. Ils accumulent les dates, les noms et les rapprochements. Mais leur démonstration repose sur une même mécanique : relier des événements éloignés, confondre succession et filiation, puis attribuer les crises politiques à une puissance cachée.
Un pseudonyme en forme de profession de foi
Louis Dasté n’existe pas à l’état civil. Le nom dissimule André Baron, né en 1860 et mort en 1932. La Bibliothèque nationale de France attribue explicitement à Baron les ouvrages publiés sous cette signature. En 1913, une recension parue dans Échos d’Orient en fournit la clé : Dasté serait l’anagramme de Laus sit Deo, « louange soit à Dieu ». Le choix est moins anodin qu’il n’y paraît. Il inscrit d’emblée l’auteur dans un catholicisme de combat et donne à sa production une tonalité confessionnelle revendiquée.
André Baron (création numérique Jiri Pragman)
La biographie de Baron demeure pourtant lacunaire. Certains catalogues le présentent comme docteur en droit. D’autres notices, souvent reprises sans vérification, en font un ingénieur. Cette dernière qualité n’a pas pu être confirmée par une source primaire. Il en va de même de son appartenance supposée à plusieurs ligues nationalistes. Les publications sont bien documentées ; l’homme l’est beaucoup moins.
L’affaire Dreyfus comme matrice
Dasté apparaît dans l’espace public à un moment où l’affaire Dreyfus recompose les droites nationalistes et catholiques. En 1899, il publie chez A. Pierret La Gangrène maçonnique, accompagné d’une lettre de François Coppée. Le titre résume le procédé : la franc-maçonnerie n’est pas décrite comme une organisation aux sensibilités diverses, mais comme un organisme corrupteur qui aurait pénétré l’État, l’armée et la justice.



