Son nom reste attaché au « Fort Chabrol », siège de trente-huit jours qui passionna la presse durant l’été 1899. Jules Guérin fut pourtant bien davantage que le protagoniste d’un spectaculaire fait divers politique. Journaliste, dirigeant de ligue et agitateur antidreyfusard, il fit de l’antimaçonnisme l’un des instruments d’une mobilisation d’abord structurée par l’antisémitisme.
Un agitateur devenu personnage national
Jules-Napoléon Guérin naît à Madrid le 14 septembre 1860. Son itinéraire politique est moins linéaire que ne le suggère sa célébrité antidreyfusarde. Il fréquente d’abord des milieux socialistes et radicaux, avant de rejoindre l’antisémitisme militant. Il participe à la première Ligue nationale anti-sémitique de France, formée autour d’Édouard Drumont et de Jacques de Biez, puis se rapproche du marquis de Morès. Après la mort de celui-ci, en 1896, il anime les « Amis de Morès » et fonde, au début de 1897, une nouvelle Ligue antisémitique de France.1
Jules Guérin (création numérique Jiri Pragman)
Drumont en accepte la présidence d’honneur, sans cesser de considérer Guérin comme un concurrent difficile à contrôler. Les deux hommes partagent un même fonds idéologique, mais s’opposent sur les méthodes, l’argent et la direction du mouvement. Cette rivalité, longtemps dissimulée par l’unité de façade, éclatera au grand jour après l’échec de l’agitation antidreyfusarde.
La parodie du Grand Orient
Les perquisitions menées en février 1899 contre les milieux nationalistes donnent à Guérin l’occasion de rebaptiser sa ligue. Elle se présente désormais comme le « Grand Occident de France, rite antijuif ». Le changement de nom est officialisé le 3 mars. La cible est transparente : l’organisation parodie le Grand Orient de France, dont elle détourne le nom, le sigle ponctué, le vocabulaire fraternel et la référence à un « rite ».2



