Ni théoricien majeur ni simple exécutant, Flavien Brenier occupe une place singulière dans l’histoire des droites radicales françaises. Journaliste, organisateur de ligues, auteur antimaçonnique et propagandiste anticommuniste, il passe d’un appareil à l’autre en laissant derrière lui des ruptures, des controverses et beaucoup de soupçons. Son parcours ne se réduit pourtant pas à celui d’un « homme des scissions ». Il montre comment, de l’affaire Dreyfus aux années 1930, l’antimaçonnisme s’est articulé à l’antisémitisme politique, au royalisme et, après 1917, à l’anticommunisme conspirationniste.
Un jeune militant nationaliste au Havre
Flavien Brenier naît le 8 mars 1881 à Constantine, en Algérie française. La date est confirmée par la notice d’autorité de la Bibliothèque nationale de France, mais son année de décès demeure incertaine : la BnF indique seulement « 19.. », tandis que certaines notices secondaires avancent 1937.¹
Il fait ses débuts dans la presse au Havre, auprès de son oncle Joannès Brenier, directeur du Courrier du Havre. Encore adolescent, il fréquente les milieux royalistes et antidreyfusards de Seine-Inférieure. En mai 1898, il fonde la Fédération nationaliste normande, organisation à la fois nationaliste, antisémite et antimaçonnique, proche de la Jeunesse antisémitique d’Édouard Dubuc.²
Son nom apparaît dès l’année suivante dans l’affaire dite des « Frères de la Mort ». Des lettres adressées à Édouard Brunet évoquent des projets insurrectionnels en Normandie. Brenier est entendu comme témoin lors du procès des nationalistes devant la Haute Cour, tandis que Brunet et plusieurs de ses compagnons sont poursuivis puis acquittés. Cet épisode nourrit durablement les accusations d’infiltration et de provocation policière portées contre Brenier. Elles ressurgiront en 1932 dans les colonnes de L’Action française. Elles ne constituent cependant pas une preuve qu’il aurait travaillé pour la Sûreté : elles relèvent d’abord des affrontements internes aux milieux nationalistes.³
Brenier participe en mai 1901 au congrès antijuif organisé à Paris et entre au comité directeur du Parti national antijuif fondé par Dubuc. Il se rapproche ensuite de La Libre Parole d’Édouard Drumont. L’Almanach de La Libre Parole pour 1904 le présente parmi les cadres de la Fédération nationale antijuive. Il est toutefois écarté de cette mouvance après un conflit avec Albert Monniot, collaborateur et futur directeur politique du journal.⁴
Vers 1905, Brenier devient archiviste du Comité havrais d’études historiques et sociales, groupe local rattaché à la Ligue d’Action française. Là encore, sa présence suscite la méfiance. L’Action française prend ses distances avec lui et sa Fédération nationaliste normande est dissoute à la fin de 1906.⁵
Flavien Brenier (création numérique Jiri Pragman)



